Abattage Cacher : Pratique, Éthique et Tradition Juive


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Illustration d'un homme apprêtant de la viande dans un abattoir casher.

L'abattage cacher, souvent désigné par le terme hébreu "chrita", est une pratique essentielle et profondément enracinée dans la tradition juive. Elle est contrôlée par les règles de la cacherout. Ces règles expliquent quels aliments les Juifs peuvent manger et comment ils doivent être préparés. L'abattage rituel juif est une composante cruciale des règlements alimentaires, visant à s'assurer que la viande soit non seulement propre à la consommation, mais qu'elle soit également conforme aux exigences de la Torah.

L'abattage cacher repose sur des principes religieux rigoureux, visant à minimiser la souffrance animale tout en respectant des règles de pureté spirituelle. Ces règles de cacherout tirent leurs origines de la Torah (Loi Écrite), et sont détaillées plus en profondeur dans le Talmud (Loi Orale). Ces écrits fournissent une base théologique et éthique qui guide la pratique, soulignant l'importance de la compassion et de l'intégrité dans le traitement des animaux destinés à la consommation. À travers les siècles, ces principes ont façonné non seulement les pratiques alimentaires juives, mais aussi une compréhension plus large de l'éthique alimentaire.

La chrita est réalisée par un professionnel qualifié appelé "Cho'het", qui doit recevoir une formation approfondie et être agréé par une autorité rabbinique compétente. Ce spécialiste est chargé d'exécuter la coupe avec une précision extrême à l'aide d'un couteau spécialement aiguisé, connu sous le nom de "chalaf". L'objectif est de trancher la trachée et l'œsophage d'un seul geste pour garantir une mort rapide, minimisant ainsi la douleur et la souffrance de l'animal. Cette technique ne se contente pas d'assurer une conformité religieuse; elle reflète également une tradition d'expertise et de respect envers la vie animale, exigeant une dextérité et un dévouement exceptionnels.

Pour qu'un abattage soit considéré comme cacher, plusieurs conditions strictes doivent être remplies :

  1. Animal Permis : La Torah nous enseigne que seuls certains animaux peuvent être consommés (Lévitique 11, 1–8; Deutéronome 14, 3–8; etc..). Par exemple, les mammifères doivent avoir le sabot fendu et ruminer leur nourriture, comme les bovins et les ovins, tandis que les poissons doivent avoir des nageoires et des écailles. Ces critères garantissent que seuls les animaux jugés spirituellement purs sont consommés, reliant l'acte de manger à des symboles de pureté et de droiture.
  2. Absence de Défauts : L'animal doit être en bonne santé et exempt de défauts corporels. Les vérifications post-abattage, connues sous le nom de "bedika", sont cruciales pour s'assurer que l'animal ne présente pas de maladies ou de blessures qui rendraient sa consommation non cacher. Cela reflète une préoccupation pour la santé et le bien-être, soulignant l'importance de consommer des aliments qui soutiennent non seulement le corps, mais aussi l'esprit.
  3. Drainage Sanguin : Après l'abattage, il est important que tout le sang soit retiré de l'animal car la consommation de sang est strictement interdite par la Torah.
    "Mais évite avec soin d'en manger le sang; car le sang c'est la vie, et tu ne dois pas absorber la vie avec la chair. Ne le mange point! Répands-le à terre, comme de l'eau. Ne le mange point! Afin que tu sois heureux, toi et tes enfants après toi, pour avoir fait ce qui plaît au Seigneur."
    Ce processus symbolise un respect pour la vie et la reconnaissance de la vitalité du sang, considérée comme l'essence même de l'être vivant, et doit être traité avec la plus grande révérence.

La Chrita implique une série d'étapes méthodiques, chacune ayant une importance particulière pour garantir le respect des lois de la cacherout. Chaque étape est conçue pour renforcer la conformité religieuse tout en assurant que l'abattage est effectué de manière éthique et respectueuse.

Avant l'abattage, le Cho'het procède à une inspection minutieuse de l'animal pour s'assurer qu'il est conforme aux critères cacher. Cette vérification initiale est cruciale pour prévenir tout abattage inutile d'un animal qui ne serait pas conforme, garantissant ainsi que chaque acte de chrita est justifié et respectueux des lois religieuses. La sélection minutieuse de l'animal est un témoignage du respect et de la responsabilité qui imprègnent l'ensemble du processus, soulignant l'importance de l'intention et de la précision dans les pratiques religieuses.

Le shohet utilise le chalaf pour effectuer la coupe, qui doit être impeccable et exempte de toute imperfection pour garantir une coupe lisse et rapide. Une coupe incorrecte ou imparfaite invaliderait l'abattage. La précision de l'acte de la chrita incarne l'engagement envers le respect des lois divines, rendant chaque abattage rituel une pratique profondément significative.

Après l'abattage, le Ch'ohet effectue une "bedika", une inspection minutieuse des organes internes pour détecter toute anomalie. En cas de découverte de défauts, l'animal est déclaré "terefa", c'est-à-dire non conforme à la consommation cacher. Cette étape est cruciale pour garantir que seuls les animaux les plus sains et les plus appropriés sont consommés, soulignant l'engagement envers la pureté et la santé. Le "nikur" est l'étape suivante, où certaines graisses et nerfs interdits sont retirés, en particulier le nerf sciatique. Cette étape est techniquement complexe et souvent déléguée à des bouchers spécialisés, reflétant le niveau de compétence nécessaire pour respecter pleinement les lois de la cacherout. En France, il est extrêmement rare de trouver des morceaux issus de la partie arrière de la bête, du fait de la grande complexité de cette étape.

Une fois l'étape de l'abattage terminée, la viande n'est pas encore consommable ! Le boucher passe alors à l'étape de la Cachérisation. Le but ? Retirer le sang de la bête en la trempant dans de l'eau, en la salant et enfin, en la rinçant abondamment. Retrouvez notre article complet sur ce sujet en cliquant ici.

 

 

Crédits images : (AP Photo/Mosa'ab Elshamy)



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